Matrixé par la victoire
Est-ce important de gagner ?
Depuis tout petit, je suis matrixé par la victoire. Il faut gagner. Toujours. Mais pourquoi ? Qu’est-ce que cela m’enseigne vraiment ? Être plus fort que mon adversaire ? Être reconnu, admiré, applaudi ?
Pourtant, gagner ne se fait jamais seul.
On a besoin de quelqu’un en face.
La victoire n’existe pas sans l’autre.
Alors, qu’est-ce que cela me procure au fond ? Est-ce si important que ça de gagner ?
On dit que Michael Jordan est le meilleur de tous les temps. Mais il a aussi manqué plus de 9000 tirs dans sa carrière. A-t-il gagné parce qu’il était le meilleur ? Ou parce qu’il n’y avait pas meilleur que lui, à ce moment-là ? Et si, finalement, il devait aussi sa grandeur à ses adversaires ?
Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui vous rend vraiment plus fort ?
Ce qui vous fait évoluer ?
La vérité, c’est que sans les autres, nous ne sommes rien.
Quand je perds, c’est que quelqu’un d’autre gagne.
Mais quelque part, sa victoire est aussi un peu la mienne.
Parce qu’elle me pousse à comprendre, à corriger, à progresser.
Perdre, c’est aussi gagner mais différemment.
Sur les réseaux, on voit des sourires, des trophées, des “selfies de la win”. Des photos d’équipes gagnantes sous un score.
Mais on ne montre jamais la défaite.
Pourtant, c’est souvent la défaite qui nous enseigne le plus.
Elle nous confronte à nous-mêmes.
Elle nous demande : as-tu tout donné ? as-tu fait de ton mieux ?
Mes parents, mes coachs, mes éducateurs m’ont appris à gagner.
Parce qu’on leur avait appris ça, à eux aussi.
L’histoire se répète.
Aujourd’hui, je suis père.
Et mon fils déteste perdre.
Il se trouve toutes les excuses du monde.
Pourtant, je ne lui ai jamais appris ça. Mon père me dit c’est normal ! Alors est-ce vraiment normal ?
Je lui dis : perdre, ce n’est pas grave.
Au contraire : c’est une chance de devenir meilleur.
Et quand j’enseigne le BaskIN aux enfants, c’est pareil.
Dès qu’on finit un match, 100 % d’entre eux me demandent :
— “Qui a gagné ?”
Je leur réponds :
— “Est-ce vraiment important ?”
— “Est-ce que tu as pris du plaisir à jouer ?”
— “As-tu fait des passes pour que tes copains marquent ?”
À chaque fois, ils me regardent, surpris.
Comme si personne ne leur avait jamais posé cette question-là.
Moi, je préfère les matchs sans score.
Parce qu’inconsciemment, les enfants se concentrent sur le plaisir du jeu,
pas sur les points à additionner.
Faites le test : jouez un match sans score,
et tôt ou tard, quelqu’un finira par demander :
“Mais le score, c’est combien ?”
Preuve qu’on nous a conditionnés depuis toujours. Et preuve que le plaisir de jouer est plus important qu’un simple score.
Et si, finalement, on réapprenait à jouer pour le plaisir ?
À jouer pour partager, progresser, s’amuser, ressentir ? Et si le score devenait un score de plaisir que chaque joueur a pris sur le terrain ?
Parce qu’au fond, la vraie victoire, ce n’est pas celle qui s’affiche sur un tableau.
C’est celle qu’on ressent à l’intérieur.
La vraie victoire, c’est d’être meilleur qu’hier, pas meilleur que quelqu’un d’autre.
